TRANSHUMANCE INFORMELLE ET ZONES GRISES : RECOMPOSITIONS GÉOPOLITIQUES DANS LE NORD-OUEST CENTRAFRICAIN

Firmin MBOKOLET
mbokoletfirmin@gmail.com
Guy-Florent ANKOGUI-M’POKO
ankogui@yahoo.fr

Résumé : Cet article analyse la transhumance transfrontalière dans le nord-ouest de la République centrafricaine (triangle Koui-Niem-Yéléwa-Gaudrot), zone de gouvernance hybride où s’articulent autorités coutumières, milices armées et réseaux marchands. Adoptant une approche mixte, l’étude combine l’imagerie satellitaire Landsat-8/9 (2023–2025) et une enquête ethnographique auprès des pasteurs Mbororo, incluant les éleveuses de la filière laitière (Kossam). Les données Landsat révèlent un effondrement précoce de la biomasse et un stress hydrique aigu, multiplicateurs de menaces qui contraignent les éleveurs vers des corridors militarisés. Loin de toute anomie, ces espaces intègrent un système prévisible d’extraction fiscale informelle générant une rente annuelle de 1,44 milliard de FCFA. L’analyse de genre démontre que l’économie invisible des femmes subventionne ce racket masculin par accumulation par dépossession. Face à cette prédation, l’article préconise un réalisme pragmatique : confier la gestion des nouveaux forages solaires aux Ardos (chefs coutumiers) et sécuriser les revenus des productrices via des transferts financiers hybrides (« phygitaux »).
Mots-clés : Transhumance, République centrafricaine, Landsat, Gouvernance hybride, Genre, Rente de protection.

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